Monsieur le Président, cher·es collègues,
Merci tout d’abord pour le travail fourni par les services pour établir ce livre blanc.
Aujourd’hui, nous sommes réunis pour parler de l’avenir de notre agriculture, de nos territoires ruraux, et plus largement, de la Normandie de demain. Un avenir qui, nous le savons tous, ne pourra être durable sans une transition agroécologique ambitieuse, juste et solidaire. Le Livre Blanc sur la PAC 2028-2034 que nous examinons est une opportunité pour réorienter nos politiques publiques vers l’intérêt général, celui de nos agriculteurs, de nos citoyens, et de notre environnement.
Je veux ici porter une voix résolument engagée pour une agriculture normande résiliente, vertueuse et porteuse de sens. Une agriculture qui ne se contente pas de produire, mais qui protège, restaure et innove au service de tous.
L’argent public doit servir l’intérêt général. Or, aujourd’hui, nos aides agricoles financent encore trop souvent des pratiques qui dégradent nos sols, polluent nos eaux, et fragilisent notre climat. Les sommes consacrées aux méthaniseurs et les aides massives au machinisme sans objectifs de transition en sont l’exemple flagrant.
Pourtant la Normandie, première région agricole de France en part de surface agricole utile, a aussi la responsabilité d’être pionnière dans cette transition vers une agriculture bas carbone et agroécologique.
C’est pourquoi, à travers ce livre blanc, nous proposons que la région Normandie fasse en sorte que les aides de la PAC soient conditionnées au respect d’objectifs environnementaux, climatiques et sociaux clairs.
D’abord, par une réduction drastique de l’usage des pesticides et engrais de synthèse.
Notre pays est celui qui en consomme le plus en Europe. Est-ce acceptable, alors que nos cours d’eau sont de plus en plus pollués et que nos sols se dégradent ?
Ensuite, par des économies des ressources en eau : avec des sécheresses de plus en plus fréquentes, il est urgent de plafonner les prélèvements pour l’irrigation et de soutenir les techniques sobres.
Engageons nous aussi sur le développement du bio et des systèmes diversifiés, car aujourd’hui, seulement 6,3 % de notre SAU est en bio, contre 10 % en moyenne nationale. Nous devons rattraper notre retard en accompagnant les conversions avec des aides renforcées et un accès prioritaire au foncier.
Enfin, par la protection des haies, prairies permanentes et zones humides, ces écosystèmes qui sont nos alliés contre le changement climatique. Nous sommes tous d’accord sur le bénéfice de les préserver et pourtant, nous continuons à les voir disparaître. La PAC doit inciter fortement à leur restauration.
Je voulais rebondir sur l’une de vos déclarations qui indiquait qu’on ne plante pas de haies sur la plaine de Neubourg. Je crois au contraire qu’il faut développer l’agroforesterie dans les plaines afin d’augmenter leur résilience vis à vis du réchauffement climatique.
Nous avons aussi la responsabilité de permettre l’adaptation de nos exploitations au dérèglement climatique. Sécheresses, inondations, gelées tardives… Les événements extrêmes se multiplient. Le contrat d’évolution agro-climatique proposé dans le Livre Blanc est une piste, mais il doit être plus ambitieux.
Je voudrais revenir sur les crises sanitaires qui se multiplient et dont la réponse consiste souvent à rentrer les animaux dans les bâtiments. Un approche extensive est un autre moyen de lutter contre les épidémies.
Fixons des objectifs chiffrés : -30 % d’intrants d’ici 2034, +20 % de surfaces en agroforesterie, 100 % des exploitations avec un plan de gestion de l’eau, ressource en raréfaction.
Donnons la priorité aux pratiques résilientes : couverts végétaux, rotations longues, agroforesterie, ou semences adaptées.
Nous devons justifier l’utilisation de l’argent public par des bénéfices concrets pour la société :
– Sur la santé : Moins de pesticides, c’est moins de cancers, moins de maladies chroniques.
– Sur l’environnement : Des sols vivants, une eau propre, un climat préservé.
– Sur l’emploi : Des filières locales, des circuits courts et une transformation sur place, ce sont des emplois non délocalisables en Normandie.
Nous ne pouvons pas parler de transition sans parler de justice sociale pour nos agriculteurs. Aujourd’hui, les aides PAC sont trop souvent captées par les plus grandes exploitations, au détriment des petites et moyennes fermes, pourtant essentielles à la vitalité de nos territoires.
Nous proposons de soutenir une répartition non-surfacique des aides, pour éviter leur concentration sur les plus grandes structures. Prenons en compte les équivalents temps plein – un agriculteur qui vit de son travail doit être soutenu, qu’il ait 50 ou 500 hectares.
Ayons l’objectif de proposer un revenu digne pour tous : aucun agriculteur ne devrait vivre sous le seuil de pauvreté. Les aides doivent garantir un socle de revenu décent, indexé sur le SMIC ou le revenu médian régional.
Refusons la concurrence déloyale en poussant à des clauses miroirs dans nos accords commerciaux. Alors que nos agriculteurs respectent des normes en matière d’environnement, de bien-être animal et de droits sociaux, il est inacceptable que nous importons massivement des produits qui ne les respectent pas.
Soutenons nos filières locales : viande, lait, légumes… La souveraineté alimentaire, ce n’est pas forcément produire plus, c’est produire mieux, et transformer ici, en Normandie.
Enfin, parlons des fonds ruraux. Le LEADER ne doit pas être réservé aux projets agricoles, mais ouvrir à tous les projets ruraux porteurs de sens – restauration de zones humides, développement des énergies renouvelables, éducation à l’environnement, circuits courts non agricoles…
La ruralité normande n’est pas qu’agricole : c’est aussi des paysages, une biodiversité, des savoir-faire, une qualité de vie. LEADER doit être l’outil de cette ruralité vivante et durable.
Vous nous faites régulièrement remarquer que vous êtes à l’écoute des élu·es locaux et des territoires. Sachez défendre un accès large aux LEADER, en faisant confiance au GAL, ces groupes mixtes issus des territoires et qui ont toute la légitimité à attribuer les aides.
Monsieur le Président, avec ma collègue Geneviève Augé, nous sommes régulièrement intervenus pour porter ces propositions en commission, pour une Normandie qui sait conjuguer agriculture, protection de son environnement et solidarité entre ses agriculteurs et les normandes et normands.
Ces propositions n’ayant pas été entendue, nous ne pouvons en l’état voter pour ce livre blanc.
Je vous remercie.
