Monsieur le Président,
Ce rapport s’inscrit dans un contexte que nous avions déjà eu l’occasion de souligner à plusieurs reprises : celui d’une transformation profonde, et parfois inquiétante, de la politique de l’apprentissage depuis la réforme de 2018.
Nous avions alerté sur un point précis : la montée en puissance d’un modèle où certains organismes de formation privés se sont développés sur une logique de volume, en s’appuyant sur les contrats d’alternance comme principal levier économique.
Dans les faits, cela a conduit à l’émergence de structures qui fonctionnent parfois comme des “miroirs aux alouettes” pour des bacheliers, avec des promesses de formation rapide, une sélection souvent très faible hors Parcoursup, et une dépendance quasi exclusive au financement des contrats pour les apprenants pour échapper à des frais d’inscription exhorbitants.
Ce modèle a deux conséquences majeures.
D’abord, une inflation des coûts globaux de l’apprentissage, qui pèse aujourd’hui sur les finances publiques sans toujours garantir une bonne qualité de formation.
Ensuite, une fragilisation de certains équilibres de l’enseignement supérieur, avec une concurrence accrue entre BTS, IUT, universités et établissements privés, qui pose à terme une vraie question de cohérence du système de formation.
C’est dans ce contexte que les Régions se retrouvent aujourd’hui confrontées à une double difficulté : la hausse des flux et la baisse brutale des moyens.
Mais toutes les Régions n’y répondent pas de la même manière. Nous avons à plusieurs reprises dénoncé dans cet hémicycle les crédits alloués à l’enseignement supérieur privé, qui justement fonctionne sur ce modèle économique.
Certaines Régions ont fait le choix d’une stratégie lisible et assumée.
En Bourgogne-Franche-Comté par exemple, des arbitrages ont été rendus pour recentrer les aides sur des filières prioritaires comme l’industrie, le sanitaire et le BTP.
D’où une question simple pour la Région Normandie : quelle sera la stratégie demain ?
Car derrière la contrainte budgétaire actuelle, c’est bien une question d’orientation politique qui est posée.
Pour notre part, nous pensons que la puissance publique doit d’abord garantir la qualité des formations, leur adéquation aux besoins en compétences des entreprises normandes et l’égalité d’accès des jeunes à l’enseignement supérieur, quel que soit leur milieu social et leur territoire d’origine.
Cela suppose sans doute de regarder avec davantage d’attention les modèles économiques de certains opérateurs privés, mais aussi de conforter les établissements publics et les formations qui ont fait la preuve de leur utilité et de leur efficacité.
