Assemblée Plénière – Lundi 22 juin – Intervention de Bastien Recher relative au compte financier unique 2025

Monsieur le président,
Mes chers collègues

Nous assistons, dans ces derniers mois du macronisme, à un délitement de l’action publique absolument inédit. La crise politique est telle que l’instabilité ou encore l’absence de majorité pour voter un budget, sont devenus la norme.
Seule une forme d’habileté manœuvrière et surtout l’attentisme généralisé avant les élections de 2027 permettent aujourd’hui la survie du gouvernement Lecornu et l’adoption dans la douleur d’un nouveau budget de régression sociale.
Monsieur le Président, toutes les nuances de droite qui composent ce gouvernement, sont représentées dans votre majorité régionale et contrairement à ce que pourraient laisser penser vos rodomontades récurrentes dans la presse, vous êtes complices de la situation dans laquelle nous sommes au plan national.
Toutes les nuances de droite et même d’extrême-droite puisque vous avez accordé l’asile politique, en catimini, il est vrai, à une ancienne représentante du RN dans vos rangs.
Dans ces conditions, on comprend mieux votre complaisance pour l’écolo bashing et vos convergences sur un certain nombre de sujets avec cette famille politique.
Mais revenons à ce CFU 2025 qui rend compte de la réalité de votre action sur la totalité d’un exercice budgétaire.

I ) Dans un contexte national et international de plus en plus troublé, on attend d’une collectivité aussi importante que la Région de la constance, de la solidité et une certaine ambition
Et pour cela, l’examen du CFU est toujours intéressant car il permet de distinguer la différence entre l’affichage et la réalité de la politique budgétaire de la Région
Et une fois encore nous ne sommes pas déçus.

I.1. A la lecture de CFU, on retrouve bien les grandes caractéristiques de vos constructions budgétaires
A savoir :
 I.1.1. L’insincérité budgétaire
Certes, la responsabilité de l’Etat est majeure dans la difficulté des collectivités à construire des trajectoires budgétaires fiables.
Prenons pour seul exemple, l’augmentation du DILICO de 14,3 M d’euros sur l’année.
Mais malgré tout, un lecteur averti des budgets prévisionnels et des comptes financiers se pose forcément une question :
 Pourquoi SYSTEMATIQUEMENT, les prévisions en matière d’épargne brute sont à ce point éloignées de la réalité ?
Cette année encore l’épargne brute atteint un niveau de 343 M en hausse de 100 M si on prend la prévision du BP 2025 à 243 M : soit une variation à la hausse de 29 % !
Certes cette année, il y a l’intégration de la recette issue de la TICPE Grenelle en section de fonctionnement pour 33 M, mais il s’agit en réalité d’une tendance lourde
Et l’on retrouve toujours une distorsion dans le même sens, chaque année, si l’on confronte BP et CA/CFU :

  • CFU 2022 : 332,5 M en hausse de 106,5 M par rapport au BP 2022
  • CFU 2023 : 230 M en hausse de 4 M par rapport au BP 2023
  • CFU 2024 : 274,5 M en hausse de 16,5 M par rapport au BP 2024

 Malgré deux, exercices calculés au plus juste du fait des achats de rames, il y a donc bien une tendance profonde qui dénote d’une volonté politique évidente de faire voter des BP qui surestime le niveau réel d’investissement.

 Là je m’adresse encore une fois à mes collègues de la majorité : vous votez des budgets avec des montants de dépenses qui vous semblent supportables, vous dégagez donc les marges de manœuvre pour des actions prévues dans ce document budgétaire ; et finalement, vous finissez par accepter d’y renoncer, purement et simplement

 Pourquoi ce qui vous semble acceptable en décembre ne l’est plus en juin ? parce qu’en juin on vote un BS qui pourrait permettre de réajuster les dépenses, non pas à la hausse, mais simplement au niveau prévu qui avait été jugé nécessaire en décembre ! et pourtant vous ne le faites pas
Alors vous me répondrez peut-être mais tant mieux on a mieux maîtrisé donc on va renforcer la solidité financière de la Région !
Mais vous ne pensez pas que, juste dans le cadre de ce que vous aviez prévu, il n’y aurait pas des dépenses utiles ? en matière sociale, d’aide au développement économique ou encore de transition ?

 I.2. 2e caractéristique : la navigation à vue avec des variations sur les investissements de plusieurs centaines de millions d’euros d’une année à l’autre
Cela se traduit par un moindre recours à l’emprunt, qui s’élève à 171 M€ en 2025 contre 454 M€ l’année précédente, soit une baisse de 283 M€ (-40 %).
Je l’ai déjà exprimé, ces variations brutales ne traduisent pas une bonne gestion de notre collectivité.
Emprunter beaucoup d’un seul coup au moment où les taux sont les plus hauts, est particulièrement préjudiciable.
Et ce à double titre, d’une part parce que cela conduit l’encours de dette à augmenter fortement, et d’autre part, cela va contraindre pour plusieurs années la charge de la dette.

 I.3. 3e caractéristique ; le désengagement de la Région
Alors j’ai bien retenu les EDL à propos de ce CFU :
Les grands équilibres que l’on constate traduisent une optimisation et pas un désengagement.
Malheureusement, vos interviews contredisent votre propre communication, car vous le dites sans ambages dans la presse Monsieur le président : « on ne lance plus rien ! ».
On aurait pu dire, on plie les gaules, on ferme les bans…
En tout cas le message est clair et il correspond bien à ce que l’on observe à la lecture de ce CFU :
 Les dépenses totales 2025 s’établissent à 2,05 MM soit une baisse de 274 M par rapport à 2024
Avec – 176 M sur les transports et – 48 M sur les lycées, les deux compétences principales de la Région.
Alors oui les achats de rames, oui le PRIC, mais pas à ce niveau-là, car comme d’habitude vous servez de ces éléments pour masquer les tendances profondes
Je vais revenir dans la 2e partie de mon propos sur ces coupes sombres plus ou moins cachées

Alors certes, la Normandie demeure la région la moins endettée en volume, et la deuxième la moins endettée par habitant (405 €/hab.),
Mais c’est tout simplement bien la preuve qu’elle est celle qui a le moins investi ces dernières années ! contrairement à ce que vous faites dire à vos ratios dopés à l’achat de rames !

II. Comme tous ans, il me revient de pointer les coupes sombres de l’année, et le cru 2025 est à la hauteur des précédents

Les choses sont présentées de façon très claire dans ce CFU :
« Les dépenses des deux sections sont en baisse. Les dépenses de fonctionnement s’établissent à 1,30Md€, contre 1,33 Md€ en 2024, soit un recul de 31 M€ (-2,34 %). Les dépenses d’investissement, conformément aux prévisions, diminuent après une année 2024 marquée par un niveau record de 992 M€, pour atteindre 749,10 M€ en 2025, soit une baisse de 243,08 M€ (-24,5 %). »

Dans le détail, que constate-t-on ?

II.1. Les dépenses de fonctionnement restent une variable d’ajustement
Là encore le document le document le dit clairement :
« Les dépenses de fonctionnement, qui devaient progresser de +0,8% ont finalement diminué de 2,34 % pour s’établir à 1 303 M€ contre 1 334 M€, soit une baisse de 31 M€. »
C’est la faute au PRIC !
 Alors oui, mais non.

Ce n’est pas la faute au PRIC ni à l’Etat, si la Région a décidé de tuer le dispositif Atout Normandie, en arguant de la baisse des inscriptions :
 Une baisse de 1,7 M !
 Quand on veut tuer son chien…
II.2. Un désengagement en matière d’investissement particulièrement significatif dans des compétences pourtant premières de la Région

 D’abord pour les lycées, toujours et encore :

Précisément, la mission consacrée à l’amélioration des conditions de vie et de réussite dans les lycées connaît une baisse de – 19,3 M€
Et le montant dévolu aux travaux dans les lycées publics baisse précisément de 13,6 M€.

 2e victime, l’accompagnement des CFA avec – 2,1 M€.

 Ensuite pour l’enseignement supérieur et la recherche
Nous déplorons un double mouvement néfaste :
D’une part, alors que vous consacrez 8,6 M€ pour le plan Campus vous dépensez 10,3 M€ pour l’ISEN (Institut Supérieur de l’Electronique et du Numérique) à Caen, poursuivant ainsi votre logique de favoriser le privé par rapport au public.
Plus grave encore, la baisse du soutien de la recherche à hauteur de – 31,6 M€ !

 Même en matière de transport, vous trouvez le moyen de ne pas faire ce qu’il faudrait pour investir sur le réseau normand :
31,32 M€ pour la mission « Moderniser et améliorer les infrastructures ferroviaires » en légère progression de 0,21 M€ ;
10,38 M€ pour la mission « Favoriser l’intermodalité et les nouveaux modes de déplacement » en diminution de 1,58 M€.

 Enfin pour l’accompagnement des territoires, vous préférez financer des contrats purement équipementiers et clientélistes plutôt que d’accompagner les villes normandes face aux enjeux de transition climatique
Comment pouvez-vous justifier une baisse de 6,2 M pour les crédits consacrés à la revitalisation urbaine ?
C’est irresponsable !

Un point positif : l’abandon des projets routiers à Rouen, à Caen et ailleurs… enfin pourrait-on dire !

III. Plus encore que ces coupes sombres, ce qui frappe c’est l’impréparation, la négation de l’avenir et la dette climatique que vous laissez à vos successeurs

Votre inaction a un coût qui chaque année vient obérer encore plus fortement les capacités à agir de ceux qui vous succèderont.
Je me limiterai aux compétences socles de la Région.

III.1. L’inaction sur les grands projets ferroviaires
Notamment dans le cadre du CPER 2021-2027,
Et là ce n’est pas moi qui le dit c’est le CESER :
Je cite : le CESER regrette que les projets ferroviaires avancent encore trop lentement au regard des besoins du territoire : seulement 1 % d’engagement sur les services express régionaux métropolitains (sous-volet 2.1) et 25 % sur les infrastructures ferroviaires (sous-volet 2.2).
Et que l’on ne me dise pas que c’est la faute de l’Etat ou de la Région Île-de-France !
Quand on affirme comme vous le faites « on ne lance plus rien » ! alors effectivement on ne peut pas les grands enjeux de la transformation des transports décarbonés sur la durée d’un CPER.
Non : cela n’est pas votre problème tout simplement !

III.2. L’inaction sur la rénovation thermique des lycées avec la volonté politique manifeste de ne pas faire de PPI lycées
La France va connaître la plus longue et la plus forte canicule de son histoire.
Les dépenses énergétiques flambent au grès des guerres en Europe et au Moyen Orient.
Dans ces conditions la Région devrait investir massivement sur son principal patrimoine à savoir les lycées.

Un rapport récent de la Cour des comptes estime à environ 50 MM l’effort à faire rapidement pour les bâtiments du primaire et du secondaire.
Notre collectivité devrait prendre sa part : 2 MM au total, peut-être un 1 MM pour les lycées.
Notre mandature compte 6 exercices budgétaires complets.
Un PPI lycées aurait pu programmer 166 millions, de dépenses vertueuses qui aurait pu contribuer à contenir les dépenses de fonctionnement pendant des années.
Et vous qu’avez-vous fait ?
 Rien
Que comptez-vous faire ?
 Rien encore

Conclusion :

Cette inaction est coupable.
Elle est dotant plus coupable qu’elle est très largement électoraliste. On voit bien que l’objectif de l’exécutif régional est de contraindre au maximum les exercices budgétaires 2025 et 2026 pour retrouver des marges de manœuvres clientélistes pour 2027.
Notre Région qui est en première ligne du combat climatique mérite mieux que cela.

Je vous remercie.