Assemblée Plénière – Lundi 12 octobre – Discours de Politique Générale de Laetitia Sanchez

Par où commencer ? Nous avons ici la responsabilité de préparer l’avenir. L’avenir des jeunes. L’avenir du climat. L’avenir de la santé de nos concitoyennes et de nos concitoyens. L’avenir de l’eau, de la biodiversité. L’avenir de la culture. L’avenir de nos modes de production, de consommation, de transport, d’énergie. Bref, l’avenir politique de notre pays et de notre région.

Quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ?

Nous sommes les adultes responsables, et qui plus est responsables politiques !

Nous qui sommes pour beaucoup parents, voire grands-parents : quel avenir préparons-nous à nos enfants ? Comment la société traite-t-elle ses enfants ?

Commission permanente après commission permanente, nous dénonçons les subventions qui vont à l’enseignement privé, sans aucune conditionnalité, notamment de mixité sociale. Une note de mai 2024 établit que les enfants de milieu défavorisé représentent 40% des élèves dans le secteur public, contre seulement 16% dans le secteur privé. Pour ceux qui ont le moins, la République devrait faire plus.

Or, c’est dans le secteur public, surtout quand on est loin des centres-villes, que se concentrent les difficultés, avec moins d’encadrement, des personnels non-remplacés, des conditions matérielles dégradées, des accès plus difficiles aux activités, notamment culturelles.

A la discrimination sociale et géographique, s’ajoute une discrimination générationnelle.

Je lisais il y a quelques jours les propos d’une jeune lycéenne dans le journal de ma petite ville euroise, qui disait : « Personne ne nous prend au sérieux, parce qu’on n’est que lycéens, mais on a de vraies revendications. »

L’éducation fait partie des droits des enfants, comme celui de l’intégrité physique, ou celui de vivre en bonne santé dans un monde sûr.

Que faisons-nous de nos enfants ?

J’ai été bouleversée samedi 3 octobre dernier à Gaillon, d’entendre le témoignage du jeune Théo Grataloup, qui a subi plus d’une cinquantaine d’opérations depuis sa naissance ; et qui dépend aujourd’hui d’une trachéotomie pour respirer et s’exprimer en voix oesophagienne, parce qu’il a été exposé in utero au glyphosate.

Face à ces victimes, à ces petits Théo contre Goliath, les géants de la chimie, Bayer-Monsanto, ou Syngenta dans son dernier communiqué, envoient leurs armées de juristes qui – comme les lobbies du tabac ou du pétrole dans les années 70 -, nient être coupables – des cancers, des malformations, ou bien encore du changement climatique. « Mais ce n’est pas sûr que c’est moi, le glyphosate ; c’est peut-être lui, le tabac ; ou elle, la pollution ! » Le tabac, la pollution, la malbouffe, les PFAS… cherchez le coupable. Ce qui est sûr c’est que le cocktail est mortel. A votre santé !

Face à nos enfants révoltés, inquiets, qui souffrent de plus en plus de problèmes de santé mentale, d’anxiété, de dépression, et même de pensées suicidaires, que faisons-nous ?

Depuis des jours, des mois, des années, depuis le Covid et la réforme Parcoursup, les alertes sont là.

Mais parce que ce sont des enfants, on ne les a pas entendus. Parce qu’on ne les a pas écoutés. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, et les problèmes, c’est la faute aux portables !

Aujourd’hui que leur colère déborde, les techniques de maintien de l’ordre ont été clairement disproportionnées. Le syndicat de la Magistrature s’en est lui-même alarmé, en dénonçant les violences commises par les forces de l’ordre sur des jeunes, que l’Etat est pourtant normalement censé protéger.

Nous saluons également ici les proviseurs, les professeurs, les agents, et aussi les parents, qui sont venus s’interposer et servir de bouclier pour protéger les enfants.

Bien sûr, les images les plus spectaculaires, les destructions de biens publics – qui sont inacceptables, comme les violences aux personnes -, ces images ont été montrées en boucle, occultant les revendications des jeunes lycéens.

Avec cynisme, les responsables politiques ont voulu détourner l’attention, en pointant du doigt LFI, en accordant une ristourne sur l’essence, ou bien en recyclant des slogans, pourtant commodément oubliés, lorsqu’il s’agit de réparer des destructions environnementales : exit le « Pollueur – Payeur », place au « Casseur – Payeur » !

Et si les compagnies pétrolières payaient pour tous les effets du changement climatique ?

Mais quel est le prix des 8000 morts des canicules estivales ?

Quel est le prix des pertes de rendement de près de 50% dans certains secteurs de l’agriculture, à cause des sécheresses de 2026 – qui ne sont un record que jusqu’à la prochaine ?

Quel est le prix de tous les poissons, de tous les insectes, morts dans les cours des rivières asséchées ?

Quel est le prix des dizaines de milliers d’hectares de forêt détruits par les incendies, en Gironde ou à Fontainebleau ?

Quel est le prix du village du Porge ?

Quel est le prix des 12 millions de maisons exposées au risque de retrait-gonflement des argiles, qui fissurent les bâtiments, les terrains, les routes ?

Quel est le prix enfin de nos pompiers épuisés et sacrifiés ?

Et si les compagnies multi-milliardaires de la chimie payaient, elles, pour toutes les vies détruites par la maladie ?

Celles des agriculteurs encore, d’abord, car ils sont les premières victimes, des lymphomes ou de Parkinson, quand ce ne sont pas leurs enfants qui sont atteints de malformations ou de retards de développement.

Celles des riverains, dont l’eau, l’air et les sols sont empoisonnés.

Celles des femmes, surexposées au cancer du sein, qui aujourd’hui clament leur colère contre ceux qui par leurs votes autorisent les poisons, et puis posent tout sourire avec leur ruban rose.

Enfin, pour l’Etat aujourd’hui, quel est le prix d’un œil, d’une mâchoire ou d’une main perdue par un enfant ?

Comme les blessures hier des gilets jaunes, parce qu’ils étaient des citoyens des classes populaires, on plaide pour « l’accident » ? Et puis circulez il n’y a rien à voir !

Mais c’est toute une doctrine du maintien de l’ordre qu’il faut revoir aujourd’hui, chez les professionnels de ce maintien de l’ordre, et chez ceux qui leur donnent les ordres.

Des techniques de désescalade sont aujourd’hui éprouvées dans plusieurs pays d’Europe, la Belgique, la Suède, les Pays-Bas – fondées sur la communication, la médiation et la différenciation, pour pacifier l’espace public, comme le documente une étude du Défenseur des droits, qui date déjà de 2021.

Et il faut impérativement interdire les armes mutilantes.

Enfin, les réponses aux revendications des jeunes citoyens ne peuvent rester virtuelles, avec la mise en place de plateformes virtuelles ou de mini grands débats – qui ressemblent fort au Grand Débat lancé à Bourtheroulde dans l’Eure en 2018 pour répondre à la crise des Gilets jaunes, suivi de cahiers de doléances, qui sont bien vite tombés aux oubliettes.

Les revendications sont bien sûr nationales – concernant Parcoursup ou le remplacement des professeurs -, mais la Région a aussi sa part à prendre, pour le confort d’hiver, et désormais d’été, des établissements, avec un plan pluriannuel d’investissement à la hauteur – ainsi que pour l’équité des investissements et des dotations.

Rappelons que l’équité, c’est un moyen d’accéder à l’égalité réelle des chances, en corrigeant les inégalités, notamment géographiques et sociales.

Je pense notamment aux lycées professionnels, les plus oubliés, qui concentrent les jeunes d’origine modeste.

Et encore aux privilèges dont bénéficient les établissements privés, qui s’exonèrent de la mixité sociale et déséquilibrent les cartes scolaires.

Les inégalités sont une source d’angoisse pour l’avenir, et elles créent aujourd’hui la colère.

C’est la colère des jeunes, c’est la colère des femmes, c’est la colère des habitants des campagnes. Il faut aujourd’hui retisser les liens, réparer, et abolir les privilèges de ceux qui compromettent notre avenir à tous.

Car oui, comme le disait Fleur Breteau de Cancer Colère, la semaine dernière à Gaillon : « Parce que oui, nous avons un sérieux désir de vivre ! »