Assemblée Plénière – Lundi 12 octobre – Question Orale de Rudy L’Orphelin relative aux moyens alloués aux lycées

Monsieur le Président, chers collègues,

Depuis plusieurs jours, les lycéennes et les lycéens se mobilisent, en Normandie comme partout en France. Ils sont inquiets pour leurs conditions d’étude, leur orientation, leur avenir, dans une société où les inégalités pèsent encore lourdement sur les parcours. Leur revendication est simple : être entendus et disposer des moyens de construire leur avenir.

Nous condamnons toute forme de violence, d’où qu’elle vienne. Mais le maintien de l’ordre n’est légitime que s’il est nécessaire et proportionné ; lorsqu’il entrave la liberté de manifester, il cesse d’être acceptable dans un État de droit. Et avant de demander aux jeunes de rentrer dans le rang, il faut d’abord entendre ce qu’ils disent : des établissements qui manquent de moyens, des professeurs absents et non remplacés, mais aussi des bâtiments mal isolés, des transports inadaptés et des crédits pédagogiques amputés. Autant de sujets qui relèvent directement de notre responsabilité régionale. 

Car cette Assemblée doit regarder ses propres choix. Depuis plusieurs années, les crédits consacrés à la vie lycéenne reculent : baisse des crédits pour les sorties et voyages scolaires, hausse du coût de la restauration, difficultés à mobiliser pleinement le fonds social régional. Or les sorties et voyages participent pleinement à l’égalité des chances : les sacrifier, c’est creuser les inégalités scolaires et, avec elles, les inégalités sociales. Même constat sur l’investissement : le Plan pluriannuel d’investissement (PPI) a été réduit, alors même que le dérèglement climatique nous impose d’investir massivement dans un plan de rénovation thermique des lycées. L’hiver comme l’été, les lycéens doivent pouvoir étudier et passer leurs examens dans des conditions acceptables. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et ce n’est pas le moment de reculer. Cette réduction des moyens dans les lycées publics a un autre effet : elle entretient la mise en concurrence entre projets d’une même équipe éducative, entre établissements d’un même territoire, au bénéfice systématique des lycées privés.

À cela s’ajoute un problème de méthode. Nombre de lycées n’ont pas vu un seul élu de la majorité régionale siéger dans leur conseil d’administration depuis le début du mandat. Cette absence de liens concrets et réguliers conduit à des décisions éloignées de la réalité des communautés éducatives. Le pilotage des lycées est beaucoup trop centralisé, sans réponse circonstanciée aux besoins locaux. Et là où des élus de l’opposition sont bien présents, ils ne sont que suppléants de titulaires qui, pour la plupart, ne sont pas élus, désignés par simple proximité politique, sans aucun lien avec la collectivité régionale. Ils sont dès lors bien en peine d’apporter une réponse adéquate aux questions des membres des conseils d’administration.

Enfin, l’une des grandes revendications des lycéens est d’en finir avec Parcoursup et cette orientation décidée par un algorithme. Si la Région n’est pas décisionnaire en la matière, ses choix ne sont pas neutres : financer l’enseignement supérieur privé alors que les moyens des universités sont contraints interroge au regard de l’urgence exprimée par les jeunes, celle d’accéder à des formations publiques diversifiées et de qualité.

Dans ce contexte de mobilisation où la détresse de la jeunesse s’exprime, nous ne pouvons que regretter que le débat d’orientation budgétaire ne prévoie aucune inflexion.

Notre question est donc simple, Monsieur le Président :

Êtes-vous prêt à revoir les choix budgétaires opérés ces dernières années et à réinvestir significativement dans la vie lycéenne, à diminuer le coût de la restauration, à soutenir les projets portés par les lycéens ? Êtes-vous prêt à inscrire au PPI un grand plan de rénovation thermique des lycées, à la hauteur de l’urgence climatique ? Êtes-vous prêt, en somme, à faire de l’égalité entre les jeunes, quelle que soit leur origine sociale et territoriale, une véritable priorité de notre politique régionale ?

Laetitia Sanchez et Rudy L’Orphelin, Co-président.e.s du groupe Normandie Ecologie 

Bénédicte Martin, Conseillère régionale, membre de la commission Emploi, formation et orientation