Monsieur le Président,
Derrière cette question que nous posons, il y a en réalité un choix de société agricole qui est en train de se jouer sous nos yeux, sans que tous en prennent peut être pleinement la mesure.
Depuis des décennies, le monde agricole normand s’est construit sur des logiques collectives : entraide dans les corvés, mutualisation, coopération. Les CUMA, les coopératives, les dynamiques territoriales… tout cela n’est pas un supplément d’âme, c’est le cœur battant d’une agriculture paysanne ancrée, solidaire, résiliente.
Or aujourd’hui, doucement mais sûrement, ces logiques s’effacent.
Elles s’effacent au profit d’un modèle plus individualisé, plus concurrentiel, plus entrepreneurial, où chaque exploitation devient une entreprise isolée, sommée d’investir toujours plus, toujours seule, dans une course dont on connaît l’issue : l’endettement,
l’agrandissement, et la disparition de nombreuses exploitations.
Et ce mouvement n’est pas neutre. Il est, en partie, façonné par les politiques publiques elles-mêmes.
Lorsque les dispositifs d’aide traitent moins favorablement le collectif que l’individuel, lorsque la mutualisation est freinée plutôt qu’encouragée, alors, de fait, on oriente un modèle agricole.
Et il faut le dire sans détour : ce modèle-là n’est pas celui que nous défendons.
Car les logiques collectives ne sont pas un vestige du passé. Elles sont une des clefs de l’avenir :
* pour maîtriser les charges,
* pour faciliter l’installation,
* pour partager les risques,
* pour accélérer la transition agroécologique,
* et pour maintenir du lien dans des territoires qui en ont cruellement besoin.
À l’heure où les agriculteurs sont pris à la gorge, où les vocations se raréfient, où les transitions s’imposent, abandonner le collectif serait une faute politique.
La Région Normandie doit être le soutien de ces dynamiques collectives, anciennes ou récentes, et de ces nouvelles manières d’aborder nos territoires.
Cela suppose de rééquilibrer clairement les dispositifs, de lever les freins, de reconnaître que soutenir une CUMA ou une SCIC, ce n’est pas aider moins, c’est aider mieux, et pour plus de monde.
En somme, il ne s’agit pas seulement d’équité technique.
Il s’agit de savoir quel visage nous voulons pour l’agriculture normande : une addition d’intérêts individuels… ou une force plus collective comme notre agriculture a toujours su l’être.
Dans ce contexte, nous souhaitons savoir :
– Comment la Région justifie-t-elle ces écarts de traitement entre exploitations individuelles et projets collectifs, qu’il s’agisse des CUMA ou des coopératives de type SCIC ?
– Envisagez-vous une adaptation des critères, notamment par l’augmentation des plafonds pour les projets collectifs, l’élargissement de la liste des matériels éligibles en CUMA et l’ajout d’aide en faveur des bâtiments ateliers ?
– Envisagez-vous la simplification des procédures administratives, afin de mieux prendre en compte les spécificités et les besoins des projets collectifs ?
