Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Tout d’abord, je tiens à adresser mes remerciements aux services de la Région qui, une nouvelle fois, doivent entreprendre ces travaux budgétaires essentiels dans le flou le plus complet.
Voici donc commencés les premiers travaux du dernier exercice budgétaire complet de cette mandature.
Les débats de décembre permettront de faire le bilan de votre exécutif Monsieur le Président.
Mais nous vous en avions fait déjà fait le reproche Monsieur le Président : les budgets se suivent et se perpétuent, selon votre stratégie de 2021, alors que nous avons connu la crise énergétique, la crise climatique, la crise sociale, une répétition de canicules d’une ampleur absolument inédite et enfin un mouvement social de notre jeunesse qui commence dans les lycées pour refuser la mise en faillite de l’enseignement public par les politiques libérales et qui se poursuit en fait dans les générations post-covid à qui l’on offre comme perspective le fait de vivre dans une précarité généralisée que leurs aînés n’ont pas connue, et pour beaucoup à cause de ces mêmes aînés.
Alors Monsieur le Président, il me revient de vous renouveler mon incompréhension du « business as usual » , un « business as usual » cependant handicapé chaque année par de mauvais choix à fort impact budgétaire : on a eu les achats de rames et cette année on commence seulement à entrapercevoir la gabegie d’argent public, que va être l’ouverture à la concurrence, ouverture décidée par pure idéologie.
Après ces 9 premiers mois de 2026, et avant les échéances de 2027, on aurait pu espérer une prise de conscience et la volonté de réorienter certaines politiques régionales. On peut d’ailleurs s’étonner de cet attentisme, et je ne vois que deux solutions :
- soit vous pensez vraiment que la Région ne peut pas jouer un rôle central, décisif face aux crises ;
- soit vous vous préparez sciemment un nouveau budget d’attente dans l’espoir de dégager des marges de manœuvre en cours d’année de façon à satisfaire des intérêts sectoriels.
I. Je le redis une nouvelle fois, les grands équilibres budgétaires ne répondent pas aux enjeux de notre Région
Nous aurons l’occasion d’en reparler lors de la séance budgétaire mais le budget de la Région est marqué, comme tous les ans par une double contrainte :
- l’orientation libérale au niveau national,
- l’orientation libérale au niveau régional.
I.1. Rappelons-le encore une fois, le budget régional est fortement contraint par votre famille politique
Les gouvernements macrono-LR qui se succèdent depuis plusieurs années poursuivent leur opération d’assèchement des moyens des collectivités. Pour les Régions qui devraient être les piliers d’une stratégie nationale d’investissement, c’est toujours la même musique : aucune dynamique des recettes et une baisse systématique des concours de l’Etat.
- Je vous le demande, Monsieur le Président, quelle est votre crédibilité quand vous déplorez à Rouen ce que tout vous amis politiques font à Paris ?
I.2. Au niveau régional, cette orientation est en réalité reprise par votre exécutif depuis le début de la mandature
D’une part, vous réaffirmez comme chaque année votre stratégie financière de 2021 obsolète et inadaptée aux enjeux du moment.
D’autre part, votre pratique budgétaire conduit à resserrer systématiquement les dépenses de fonctionnement
Chaque année c’est la même chose, on nous annonce du sang et des larmes, on nous explique que les mesures de l’Etat vont nous empêcher de répondre à nos responsabilités
Et chaque année, en matière de fonctionnement, dans la réalité nous avons une hausse des recettes conjuguée à une baisse des dépenses ; chaque année vous augmentez sensiblement ainsi l’épargne brute.
- Ce n’est pas un hasard, c’est une orientation délibérée.
II. La conséquence de votre politique, c’est une Région Normandie qui n’a pas anticipé les crises, qui ne sont plus devant nous mais qui produisent déjà aujourd’hui leurs effets
II.1. Tout d’abord la progression de la précarité dans notre Région
Monsieur le Président, avec un PIB par habitant inférieur à la moyenne nationale, on serait en droit d’attendre des mesures fortes de la part de la puissance publique et notamment de la Région mais vous considérez les dépenses de fonctionnement comme une contrainte.
- Donc aucun soutien aux familles normandes de votre part !
II.2. Nous regrettons qu’aujourd’hui, la structure des investissements publics et privés dans la Région qui acte encore la dépendance au nucléaire et à ses aléas
Nous assistons à une fuite en avant toujours plus préoccupante :
- 40 MM annoncés pour Orano à la Hague, pour détruire encore un peu plus le Cotentin ;
- En revanche, à l’heure où l’EPR est à nouveau hors service, vous n’évoquez plus les coûts de l’EPR de Penly, et pour cause personne ne sait jusqu’où le dérapage incontrôlé de ce projet ira !
C’est le journal les Echos qui l’évoque le 2 octobre dernier :
- Le coût total des 6 EPR avait été évalué à 52 MM en 2022,
- Réévalué à 73 MM fin 2025,
- Et finalement on parle aujourd’hui de 153 MM, soit un coût total prévisionnel multiplié par 3 en 4 ans !
- Quelle imprévision ! quelle gabegie !
Venant d’une majorité nationale qui aura fait passer la dette publique de 2 200 MM à 3 500 MM en moins de 10 ans, on n’attendait pas grand-chose en matière de planification industrielle et de bonne gestion des deniers publics mais là…
II.3. L’économie française va mal mais l’économie régionale ne va pas mieux et les trajectoires prises vont se révéler catastrophiques
Quels sont vos paris sur l’avenir Monsieur le Président :
- Le nucléaire, je viens de l’évoquer, à propos duquel on pourrait aussi parler de souveraineté avec la question de l’approvisionnement en uranium,
- L’hydrogène, l’hydrogène… comment va la société Hopium Monsieur le Président ? quand allons-nous récupérer les millions généreusement fournis ?
- La croisière, dans une Région qui subit déjà le surtourisme dans de nombreux sites !
Vous avez raté la conversion de l’industrie normandes aux ENR, ou encore le développement d’une filière batterie par exemple…
Les conséquences sur l’emploi régional risquent d’être désastreuses : vous évoquez la perspective de création de 1651 emplois mais je vous invite à lire la note de conjoncture régionale relative au 2e trimestre 2026 qui indique que le taux de chômage régional atteint son plus haut depuis 2020.
Et si l’emploi industriel résiste mieux avec malgré tout un repli annuel de 0,7 %, il a connu une baisse continue de 2024 à 2026.
En résumé, vos perspectives de création d’emplois durables reposent donc sur une perfusion massive d’argent public pour le nucléaire, et sur le mirage du développement de l’hydrogène dans la vallée de la Seine.
- La déconvenue risque d’être terrible…
III. Quant à la structure des dépenses prévisionnels nous regrettons toujours une inflexion qui ne viendra pas et des choix budgétaires toujours aussi contestables
Pour ce qui concerne l’OS 1, nous continuons à soutenir les outils de soutien à l’investissement stratégique que représentent Normandie Participations et de Normandie Prêts Participatifs.
Mais nous constatons une forme d’opacité sur les entreprises soutenues et les sorties de participations :
- la fin du mandat approche, il conviendrait de faire la plus complète transparence sur l’impact de ces outils sur l’économie normande.
Plus globalement, nous nous interrogeons sur l’efficacité des aides aux entreprises et particulièrement sur l’emploi en Normandie,
- de la même façon, nous demandons qu’un audit indépendant puisse être réalisé afin de mesurer la bonne utilisation des financements régionaux .
Pour ce qui concerne l’OS 2, nous continuons à regretter :
- la part prise par les actions 3NC,
- le surfinancement des lycées privées,
- l’absence de PPI rénovation énergétique des lycées,
- L’affaiblissement continu du dispositif atout Normandie qui devrait au contraire être renforcé vers les publics les plus fragiles.
Pour ce qui concerne l’OS 3
Après nous y être opposé, nous partageons les inquiétudes du CESER à propos de l’ouverture à la concurrence et notamment les surcoûts engendrés par la séparation des sites de maintenance entre opérateurs.
J’évoquais tout à l’heure le goût pour la gabegie de l’actuel gouvernement, pour le moment, cette ouverture à la concurrence ne représente qu’une ponction inutile et dangereuses sur les finances régionales.
J’invite par ailleurs mes collègues à lire les développements page 16 à propos de la différence entre les deux offres reçues sur le lot étoile de Caen et sur la réalité des gains attendus.
« Ainsi, le CESER s’interroge sur le risque qu’ait été privilégiée une logique de « moins disant » plutôt que de « mieux disant », au regard de l’ensemble des paramètres considérés, au-delà du seul prix. »
- Et le CESER de demander la mise en œuvre d’un comité de suivi.
Notre groupe soutient évidemment cette demande.
Enfin, concernant l’OS 5, nous redisons notre opposition à l’ampleur prise par l’opération de communication Millénium 2027, opportunément organisée l’année avant la prochaine élection régionale.
Nous alertons également sur la logique d’appel à projets qui capte une très grande partie des aides régionales à la culture dans cette opération.
- Je voudrais le souligner : même le CESER s’interroge sur « l’ampleur des moyens mobilisés dans le cadre du Millénaire 2027 ».
Pour conclure, en prévision de la finalisation du budget prévisionnel 2027, nous vous suggérons de répondre à l’urgence en activant quelques leviers :
- D’abord répondre à l’urgence sociale :
Votre budget prévoit, parmi ses recettes de fonctionnement, soit plus 1,5 MM, une participation des familles aux dépenses de restauration et d’hébergement dans les lycées publics à hauteur de 10 M€,
Ne croyez-vous pas Monsieur le Président, qu’il serait temps, pour finalement un effort modeste, de mettre en place des mesures de gratuité ciblées telles que nous vous les avions proposées ?
- Ensuite prendre vos responsabilités face à la crise énergétique et climatique :
Lorsque je siégeais en commission permanente, vous m’aviez annoncé dès les premières séances que le PPI rénovation énergétique que j’appelais de mes vœux existait bel et bien et que vous nous le présenteriez.
Depuis rien, malgré des demandes répétées.
- Il n’est plus temps de procrastiner !
- Vous pouvez, vous devez lancer ce grand plan d’urgence pour les lycées normands.
Plan d’urgence qui ne vous exonère pas de mesures d’adaptation pour l’été prochain qui doivent vous conduire, par exemple via la DGF, à dégager des marges de manœuvre pour ne pas juste rien faire…
Nous jugerons le budget prévisionnel 2027 à l’aulne de ces urgences.
Je vous remercie.
