Assemblée Plénière – Lundi 12 octobre – Intervention de Guillaume Hédouin relative à la Présentation du rapport d’activité et de développement durable de la Région au titre de l’année 2025

Monsieur le Président, chers collègues,


Je tiens tout d’abord à remercier les services pour le travail effectué et salue la prouesse d’émettre un rapport synthétique mais compréhensible et qui embrasse toutes les politiques régionales. Effort d’autant plus louable que la majorité régionale n’a pas l’air de prendre ses conclusions en compte.
L’an dernier, je vous disais que ce rapport était un catalogue. Vous avez répondu en supprimant l’édito. Louable économie de papier mais si ce rapport 2025 est plus sobre en rhétorique, il n’est pas moins riche en contradictions.


L’an dernier, vous nous annonciez fièrement : 41 % des dépenses d’investissement favorables au climat. Cette année, le même budget vert, élargi, ressort à 34 % de dépenses « favorables ou très favorables ». La trajectoire n’est pas bonne. Le budget vert pourrait être une boussole très utile, mais elle ne sert à rien si elle n’infléchit pas la route suivie.


Nous avons de grandes inquiétudes sur la formation professionnelle. 208 millions dépensés en 2024, 182 millions en 2025. Près de 900 entrées en formation en moins. Vous dites accompagner « chacun pour bâtir son avenir », visiblement, certains bâtiront plus petit que d’autres. Que dire de la baisse du budget et du nombre de boursiers du sanitaire et social, 3 197 l’an dernier et 2 806 cette année, dans une région qui se dit en désert médical. Je tente encore d’en comprendre la logique…


L’an dernier, je critiquais le car à hydrogène présenté depuis des années par votre majorité comme un tournant systémique. Cette année, votre propre rapport acte sa fin : la station d’avitaillement a fermé, l’expérimentation s’est arrêtée. Vous avez rendu le verdict vous-mêmes monsieur le président. Tirons la leçon : pendant qu’on rétrofite des vitrines dispendieuses, 97 000 élèves montent chaque jour dans des autocars, et votre étude dit que le vrai potentiel, c’est l’électrique ou le BioGNV. L’hydrogène n’a jamais été une option, vous vous êtes pourtant enferré à soutenir des projets clinquants mais qui n’ont jamais eu d’avenir. Votre vision, c’est la communication, pas le pragmatisme des solutions éprouvées, fiables, résilientes.


Le rapport 2025 mentionne sobrement « 1 M€ pour de nouveaux projets 3NC ». Nous vous entendons sur le chantier EPR2 de Penly à la moindre occasion, il ne semble pas y avoir d’ombre au tableau si l’on vous écoute. Vous appelez cela décarbonation. J’appelle cela une substitution de dépendance : on échange le pétrole importé contre l’uranium importé, et on appelle « transition » ce qui n’est qu’une bascule. Une énergie centralisée, fragile, dépendante des aléas géopolitiques : on ne décentralise pas un réacteur. Les énergies renouvelables, elles, se sèment partout, sur les toits, dans les champs, dans les mers. Le nucléaire n’est pas une énergie d’avenir, c’est une énergie qui verrouille notre présent, grève nos finances pour des générations et lègue des déchets dans les terres de la Hague.


Comme vous le savez certainement, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Pourtant, vous poussez à l’hégémonie d’une énergie qui a prouvé son danger sans en renforcer le contrôle.
Alors que l’ACRO, Association de Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest, célèbre 40 ans de suivis environnementaux, je me permet de vous rappelez que vous avez coupé les subventions d’une association de contrôle indépendante et citoyenne. Où est la responsabilité ?


Ce rapport ne pouvait évidement pas prendre en compte un été caniculaire qui a soumis notre agriculture régionale aux effets dévastateurs du changement climatique. Nous espérons que le rapport 2026 montera un changement de cap et proposera de sortir d’un modèle d’agriculture toujours plus dépendante des carburants. Le changement de cap aurait déjà dû être proposé depuis longtemps, les rapports du GIEC normand nous le montre. Il est temps de consacrer nos moyens à adapter nos fermes, à les rendre bas carbone et indépendantes des intrants, pas à multiplier les investissements en matériel de plus en plus lourd et gourmand en énergie.


Concernant l’adaptation, soyons justes : l’événement « Adaptons la Normandie au changement climatique » va dans le bon sens. Mais que pèse-t-il ?


L’adaptation ne devrait pas être un chapitre du rapport mais le cœur d’où découle tout le reste. L’urgence se fait de plus en plus pressante et vous faites de petites retouches, vous ne remettez pas en cause un schéma de développement sans issu.


Vous avez rénové 2 059 logements cette année contre 3 273 l’an dernier, moins 37 %. Les aides consacrées à la rénovation énergétique baissent dans le même temps de 19,9 à 17,6 millions d’euros, les logements sociaux soutenus par le FEDER reculent de 1 421 à 1 284, et seules les copropriétés progressent, 1 034 contre 901, je vous le concède.


Le pire, c’est le vertige du cumul : 28 564 logements aidés depuis 2016, dites-vous. A ce rythme, il faudra encore des décennies pour couvrir le parc normand. Chaque toit non rénové, c’est une facture qui grimpe pour un ménage et une émission de plus dans l’atmosphère ; la sobriété commence par l’isolation. La rénovation, c’est la plus française des énergies renouvelables : elle est locale, elle crée des emplois non délocalisables, et elle ne demande ni uranium, ni cargo, ni subvention à l’aviation. Vous avez créé un « Collectif normand pour le bâtiment durable », donnez-lui les moyens de réélles ambitions : un plan de réhabilitation à hauteur de l’urgence, pour lutter contre les passoires et les bouilloires thermiques.
Ce que nous demandons, ça n’est pas un rapport de plus mais un outil qui aliment un changement de cap. Un rapport qui alimente les conditionnalités des nos aides, ces leviers qui font la force du pouvoir public. Un rapport qui donne aussi une trajectoire régionale compatible avec les conclusions du GIEC et qui, année après année, adapte celle-ci et propose des ambitions.


Parce qu’il y a une chose qu’on ne peut pas recycler, monsieur le Président : ce sont les années perdues. La transition ne se décrète pas dans un rapport, elle se décide dans un budget qui n’en prends aujourd’hui pas cette voie.
Je vous remercie.