Assemblée plénière – Lundi 14 mars 2022 – Intervention de Geneviève Augé relative à la délibération NOUVELLE POLITIQUE RÉGIONALE DE LA PÊCHE ET DE L’AQUACULTURE 2022-2027

Assemblée plénière

Lundi 14 mars 2022

Intervention relative à la délibération NOUVELLE POLITIQUE RÉGIONALE DE LA PÊCHE ET DE L’AQUACULTURE 2022-2027

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Il y a de bons éléments dans cette nouvelle politique, c’est indéniable, mais avant de développer ce propos, j’aimerais revenir sur une considération chronologique.

Le jeudi 17 février s’est tenue la « Présentation de la politique pêche et aquaculture » en grande pompe au Lycée Maritime Anita Conti de Fécamp. Or, je lis dans le projet de délibération soumis au vote aujourd’hui qu’il nous est proposé d’approuver la nouvelle politique régionale de la pêche et de l’aquaculture 2022-2027, jointe en annexe 1. Notre vote est donc nécessaire, mais il intervient après la présentation… Je m’étonne de cette chronologie aux airs de déni de démocratie. D’autant plus que l’histoire semble se répéter. En effet, le jeudi 10 mars a eu lieu la « Présentation de la politique filière forêt-bois » qui, si mes informations sont exactes, sera soumise au vote lors de la prochaine assemblée plénière, c’est-à-dire le lundi 20 juin.

Il se peut qu’il n’y ait pas un suspense insoutenable quant à l’issue de certains votes, mais il me semble qu’attendre qu’ils aient eu lieu pour procéder aux présentations des politiques de la région relève :

  1. de la décence pour les citoyens que nous représentons au sein de cette assemblée
  2. du respect assez élémentaire du mode de fonctionnement de la démocratie représentative

Voilà ce que je tenais à dire pour la forme. Je reviens donc au fond.

La Normandie a la chance d’avoir sur son littoral des professionnels qui pratiquent une pêche essentiellement artisanale et côtière, loin des modèles prédateurs. Cette filière est cependant fragilisée par la dégradation continue de notre environnement, et il est appréciable que cela ait été pris en compte dans cette nouvelle politique pêche et aquaculture. La sélectivité des engins, l’aide au tri à bord et la traçabilité, la valorisation et la promotion de l’économie circulaire, la remotorisation dans une visée d’amélioration de l’efficacité énergétique et de réduction des polluants émis, la prise en compte du bien-être animal, la réduction des déchets… Tout cela va dans le bon sens.

Nous pouvons par contre regretter que les objectifs manquent d’ambition. Il est question de soutenir 25 actions en faveur de l’environnement dans le volet pêche, 30 dans le volet aquaculture, et seulement 5 pour ce qui est de la valorisation des espèces marines et piscicoles normandes. N’est-ce pas peu à l’heure d’un dérèglement climatique globale qui menace notre trait de côte, d’une acidification des océans qui pourrait entraîner la disparition d’un grand nombre d’espèces marines, et d’une pollution alarmante de l’ensemble des eaux de la planète ? Des objectifs peuvent être dépassés, et j’espère que ceux-ci le seront, grâce à une promotion et une animation qui devra se montrer à la hauteur des enjeux.

Par ailleurs, pour que les possibles effets positifs de cette politique puissent se faire sentir, il faudra veiller à une parfaite cohérence entre les objectifs affichés et les projets financés. Nous ne pouvons pas injecter des fonds publics dans actions en faveur de l’environnement d’un côté et dans des équipements polluants ou risquant d’entraîner une pollution de l’autre, et espérer voir des effets positifs à la fin du processus.

C’est d’ailleurs dans ce souci de cohérence que nous proposons un amendement visant à supprimer l’obligation d’investissement dans des matériels et équipements neufs pour les bénéficiaires de ces dispositifs. Cette obligation est contraire aux objectifs de sobriété environnementale auquel s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement de certaines matières premières. Elle pénalise également les entreprises les plus modestes. Donner une seconde vie à un matériel ou un équipement, ou le louer, permet de réduire les coûts tout en diminuant son empreinte environnementale et s’inscrit dans une logique d’économie circulaire mise en avant dans la nouvelle politique pêche et aquaculture qui nous est proposée aujourd’hui. Alors que l’Etat légifère pour favoriser le réemploi, ces pratiques doivent être autorisées et même encouragées par la Région dans le cadre de ses dispositifs d’aides, dans secteur de la pêche et de l’aquaculture comme dans tous les autres. 

Je vous remercie.