Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
En cette fin d’année, nous retrouvons les traditions, avec les votes des budgets qui précèdent comme chaque année la trêve des fêtes. Pourtant, la période que nous traversons n’a rien d’habituel, ni de rassurant. L’incertitude règne, sur nos budgets comme sur notre avenir, que ce soit du point de vue économique, social, écologique, et même politique. Partout, des bouleversements sont à l’œuvre. La guerre commerciale est sans pitié ; les guerres ravagent nos continents et nos cœurs ; l’intelligence artificielle consume nos ressources et nos cerveaux.
Que sera demain ? Quels seront nos emplois ? Nos protections sociales ? Nos retraites ? Notre climat ? Quels gouvernements sauront prendre ces sujets à bras le corps, sans agiter les leurres populistes de l’immigration, ou de l’insécurité vue par le petit bout de la lorgnette ? Oui, nos concitoyens se sentent en insécurité : mais avant tout cette insécurité est psychologique et sociale – jusque dans leur vie la plus intime et quotidienne.
Partout, la démographie est en repli, comme signe de cette conscience d’un monde en crise et des incertitudes qui pèsent sur l’avenir. Nous vivons l’avènement d’une nouvelle période historique, semblable aux révolutions qu’ont pu apporter l’invention de l’écriture et de la navigation, ou de l’imprimerie et de la poudre à canon. Aujourd’hui, c’est l’avènement d’une nouvelle réalité, où l’on peine d’ailleurs à distinguer le réel et le virtuel ; où l’on peut communiquer à distance ; travailler sans se déplacer ; ou ne plus travailler du tout, comme dans ces nouvelles usines chinoises, les dark factories, sans lumière, ni chauffage, ni ouvriers.
Que ferons-nous de cette nouvelle société ? Comment les ressources seront-elles préservées et partagées ? Nos concitoyens le disent dans les dernières enquêtes d’opinion : ils n’ont pas confiance dans la capacité de leurs dirigeants politiques à s’emparer de ces questions, et à accompagner la société dans ces changements profonds. La défiance est immense, à la mesure des incertitudes du temps. Dans de nombreux pays, jusqu’au fond du Tibet, on voit les populations se soulever contre des dirigeants corrompus. La Gen Z sort de ses écrans, et va dans la rue, revendiquer un autre avenir.
La France n’échappe pas à ces défiances, envers des dirigeants soupçonnés de détourner l’argent public, au profit de leur conquête du pouvoir. Après avoir été le premier pays à abolir la royauté, la France est aujourd’hui le premier pays européen à voir un ancien président de la République en prison ! Et ici, sur nos bancs, des cadres politiques ont également été condamnés, pour avoir détourné des fonds publics. Pourtant de nombreux français plébiscitent encore ce parti, au prétexte qu’on ne l’aurait jamais essayé ! C’est avoir la mémoire courte, et oublier qu’avant d’inventer la sécurité sociale, la France avait confié le pouvoir au Maréchal Pétain. Et le front républicain cède, quand sur sa droite, les prétendus héritiers du Général de Gaulle plaident aujourd’hui pour l’union avec l’extrême-droite.
En cette période dangereuse, où le repli identitaire nous menace, en France comme en Europe ou sur le continent américain, quelles digues bâtissons-nous à l’échelle locale ? Quelles politiques protectrices mettons-nous en place dans nos régions ? Contre les causes et les effets du dérèglement climatique ? Contre les délocalisations ? Contre le risque nucléaire ? Pour améliorer le quotidien des Normands ? Pour qu’ils soient mieux logés, pour qu’ils puissent se déplacer sans polluer ni se ruiner, pour qu’ils puissent s’alimenter sainement, respirer et boire sans s’intoxiquer ? Aux questions sur ces sujets, qui sont pourtant au cœur de vos budgets, de nos amendements écologistes – et que d’ailleurs Monsieur Recher ne manquera pas de vous reposer tout à l’heure -, il faut souvent aller lire la presse pour trouver des réponses ! C’est là que nous trouvons par exemple l’évocation des 20 millions d’euros qui seront financés par la Région – non pas pour nous préparer à l’avenir – mais pour retourner 1000 ans en arrière, et revenir au Moyen Age glorieux des Normands conquérants, avec les célébrations qui s’annoncent grandioses pour le millénaire de la naissance de Guillaume, duc de Normandie et roi d’Angleterre.
Est-ce ainsi, Monsieur le Président que vous prétendez répondre aux attentes de nos concitoyens, en lançant cette très chère opération de communication – qui ressemblerait presque à un pré-lancement de campagne électorale ?
Je vous remercie.
