COMMUNIQUÉ DE PRESSE

L’argent public doit préparer l’avenir, pas financer les impasses d’hier

Caen, le 16 octobre 2026

« Nous avons ici la responsabilité de préparer l’avenir. » Àl’occasion de son discours de politique générale, Laetitia Sanchez, co-présidente du groupe Normandie Écologie, a posé une question essentielle : quelle société voulons-nous laisser à nos enfants ?

Climat, santé, eau, jeunesse, culture, transports, industrie : les décisions prises aujourd’hui engagent durablement la Normandie. Pourtant, les choix de la majorité régionale continuent de privilégier des projets plus que contestables, tandis que les investissements nécessaires à la transition écologique restent insuffisants.

Au fil des interventions et des questions orales, les élu·e.s de Normandie Écologie ont défendu une autre ambition : anticiper plutôt que subir et investir aujourd’hui plutôt que faire payer demain.

Jeunesse et lycées : donner à toutes et tous les mêmes chances

L’avenir se joue aussi dans les établissements scolaires. Laetitia Sanchez a rappelé que les inégalités sociales et territoriales pèsent sur les conditions d’apprentissage et l’accès aux activités culturelles. Elle le formule clairement : « Pour ceux qui ont le moins, la République devrait faire plus ».

La Région doit investir dans la rénovation et l’adaptation climatique des lycées, améliorer les conditions d’accueil des élèves et garantir une répartition plus juste des moyens.  Le groupe Normandie Écologie a demandé par la voix de son co-président, Rudy L’Orphelin, la mise en œuvre d’un plan pluriannuel de rénovation énergétique des lycées et des mesures d’adaptation concrètes dès l’été prochain. Il a défendu également un renforcement des aides aux jeunes les plus fragiles et des mesures ciblées de gratuité pour les familles qui rencontrent le plus de difficultés.

La Région doit entendre les inquiétudes exprimées par les jeunes plutôt que de réduire leur mobilisation à un problème d’ordre public. L’élu l’a rappelé, les revendications des lycéens sont simples : « être entendus et disposer des moyens de construire leur avenir ».

Aménagement : préserver les terres, c’est préserver notre avenir

La mise en œuvre du SRADDET doit être l’occasion de donner une traduction concrète à l’objectif de sobriété foncière. Pourtant, les grands projets industriels, énergétiques et routiers continuent de faire peser une pression considérable sur les espaces naturels et agricoles, au détriment de la biodiversité, des terres nourricières et de notre capacité à nous adapter au changement climatique.

Rudy L’Orphelin a rappelé les limites du dispositif qui permet à certains projets d’envergure régionale de bénéficier d’un traitement spécifique dans les enveloppes foncières territoriales. Sans critères environnementaux exigeants, ces exceptions risquent de vider de son sens l’objectif de réduction de l’artificialisation des sols.

Les infrastructures liées au chantier de Penly, les extensions de ZAC ou encore le projet DEZIR qui consiste au développement de carburants de synthèse pour l’aviation sont largement contestables largement contestables. Ainsi, produire des carburants de synthèse à partir de CO₂ et en consommant des quantités d’eau astronomiques ne rend pas l’aviation propre et ne saurait servir de caution verte à l’augmentation du trafic aérien.

“Voilà où nous mène le techno-solutionnisme : mobiliser des quantités gigantesques d’électricité, d’eau et de ressources pour permettre à une activité très émettrice de poursuivre son expansion. On voit bien la fuite en avant. “ s’est inquiété l’élu régional. 

La Région doit privilégier la reconversion des friches, la réutilisation des espaces déjà urbanisés et les projets répondant à des besoins démontrés. Elle doit conditionner ses soutiens à des critères climatiques et environnementaux rigoureux, plutôt que multiplier les dérogations au nom de l’attractivité économique.

Elle doit également anticiper le recul du trait de côte : les moyens consacrés à la relocalisation des activités et des habitations exposées doivent être à la hauteur des risques.

Préparer l’avenir, ce n’est pas bétonner aujourd’hui en espérant réparer demain. C’est choisir les projets qui protègent réellement les territoires, les ressources et les générations futures.

Budget 2027 : sortir du « business as usual »

Pour Bastien Recher, les orientations budgétaires pour 2027 illustrent l’incapacité de l’exécutif régional à tirer les conséquences des crises successives. Alors que la Normandie doit faire face à l’urgence climatique, à la précarité sociale et aux fragilités économiques, la majorité reconduit une stratégie financière conçue en 2021, sans réorienter suffisamment ses priorités. « Les budgets se suivent et se perpétuent, selon votre stratégie de 2021, alors que nous avons connu la crise énergétique, la crise climatique, la crise sociale », a-t-il dénoncé.

L’élu du Calvados conteste une politique qui privilégie l’augmentation de l’épargne brute au détriment des dépenses utiles aux habitants, tout en laissant les investissements régionaux s’enfermer dans des paris industriels coûteux et incertains. Le nucléaire, les difficultés de la filière hydrogène et les interrogations sur les retombées économiques des aides publiques illustrent les risques d’une stratégie qui mise sur quelques secteurs sans suffisamment préparer les mutations de l’économie normande.

Bastien Recher a également dénoncé l’absence de plan pluriannuel d’investissement pour la rénovation énergétique des lycées, l’affaiblissement des aides destinées aux jeunes et les risques financiers liés à l’ouverture à la concurrence du réseau ferroviaire.

Face à ces choix, il a défendu des mesures concrètes : des aides ciblées pour les familles les plus fragiles, un grand plan de rénovation énergétique des lycées et des investissements d’adaptation aux fortes chaleurs dès l’été prochain. Il a alerté aussi sur les moyens mobilisés pour le Millénaire 2027, alors que les structures culturelles ont besoin de financements pérennes.

« Il n’est plus temps de procrastiner ! » a insisté Bastien Recher. Pour Normandie Écologie, le budget 2027 devra être jugé à l’aune de ces priorités : protéger les habitants, préparer les transformations économiques et investir dans l’avenir plutôt que de prolonger des choix devenus inadaptés.

Aides publiques : plus de transparence et des exigences environnementales

Véronique Bérégovoy est intervenue pour souligner qu’il n’est plus acceptable de distribuer des aides publiques sans mesurer précisément leurs effets sur le climat, l’environnement et la santé. Alors que 102 millions d’euros d’aides de l’État ont été recensés en Normandie en 2025, leur impact réel sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre reste insuffisamment documenté. L’élue demande que les financements publics soient enfin conditionnés à des objectifs sociaux, climatiques et environnementaux chiffrés et vérifiables.

Elle pointe notamment le soutien accordé à Manoir Industries, à Pîtres, avec un prêt de 3,5 millions d’euros, alors que l’entreprise a fait l’objet de mises en demeure concernant notamment ses rejets polluants. L’élue de Seine-Maritime en a profité pour rappeler le soutien du groupe Normandie Ecologie aux associations « Cancers, la Vérité pour nos enfants » et “Cancer colère”.  Enfin, elle a rappelé qu’ “Il est urgent d’engager, concrètement la transition écologique de notre économie et de notre agriculture en orientant les aides financières dans ce sens et pour cela la nécessité absolue de les conditionnaliser.”a rappelé l’élue de Seine-Maritime.

Climat : les années perdues ne se rattrapent pas

Le rapport d’activité et de développement durable de la Région révèle les contradictions de la politique menée par l’exécutif. La part des dépenses d’investissement favorables ou très favorables au climat passe de 41 % à 34 %. Le nombre de logements rénovés recule de 37 % en un an, tandis que les aides régionales à la rénovation énergétique diminuent.

Guillaume Hédouin dénonce cette absence de cohérence : « La transition ne se décrète pas dans un rapport, elle se décide dans un budget qui n’en prend aujourd’hui pas cette voie. »

La Région doit faire de l’adaptation au changement climatique une priorité transversale. Cela suppose un plan de rénovation énergétique à la hauteur des besoins, des investissements pour protéger les habitants des canicules et des sécheresses, et des aides économiques conditionnées à des objectifs environnementaux exigeants.

Eau : les bassines ne sont pas une réponse à la crise 

Guillaume Hédouin a alerté sur les risques liés aux projets de bassines en Normandie. « Les bassines ne créent pas une goutte d’eau supplémentaire : elles déplacent un volume prélevé sur une ressource partagée, au profit de quelques exploitations, au détriment de l’intérêt collectif », a-t-il rappelé. Alors que le changement climatique accentue les sécheresses, cette approche entretient l’illusion d’une ressource disponible sans limite et retarde l’adaptation nécessaire de nos pratiques agricoles.

La priorité doit aller à la préservation des zones humides, à la protection des nappes et à la restauration des cours d’eau, ainsi qu’à l’accompagnement des agriculteurs vers des modes de production économes en eau. 

La Région doit prendre un engagement clair : ne pas financer les bassines et consacrer ses aides à des solutions durables, qui protègent ce bien commun plutôt que d’en organiser le partage au bénéfice de quelques-uns.

Nucléaire : ne pas confondre investissement industriel et préparation de l’avenir

Avec la question orale consacrée à l’aval du futur d’Orano à La Hague, Guillaume Hédouin a mis en débat les conséquences à long terme des choix industriels et nucléaires. La question ne peut se limiter aux retombées économiques immédiates : elle doit intégrer la gestion des déchets, les risques environnementaux, les besoins en eau et en énergie ainsi que les responsabilités laissées aux générations futures.

La Normandie ne peut se contenter de soutenir des projets industriels au nom de leur seule contribution à l’activité économique. Elle doit exiger une information complète, une évaluation rigoureuse des risques et une stratégie industrielle compatible avec la protection des populations et de l’environnement.

« On nous expliquera que le Cotentin doit, une nouvelle fois, accepter d’être la poubelle nucléaire de la France » a fustigé l’élu de la Manche.

Préparer l’avenir, c’est aussi refuser que les décisions d’aujourd’hui deviennent les impasses de demain.

Train : la sécurité du réseau ferroviaire doit devenir une priorité

Après le déraillement d’un train Nomad entre Caen et Rouen, qui a fait 44 blessés, les alertes se multiplient sur l’état du réseau ferroviaire normand. De l’éclisse cassée entre Coutances et Folligny au déraillement d’un train de fret à Carentan, ces événements interrogent l’entretien des voies, les moyens humains consacrés à leur surveillance et la prise en compte des alertes des cheminotes et cheminots. 

Marianne Rozet a rappelé que la Région, en tant qu’autorité organisatrice de la mobilité, a la responsabilité de veiller à la sécurité et à la fiabilité du service public ferroviaire” ”.  Elle a demandé un état des lieux précis des infrastructures, des besoins d’investissement et des moyens de maintenance, ainsi que des garanties sur le traitement des signalements et la détection des anomalies. À l’heure où les prix des carburants renforcent l’intérêt du ferroviaire, la confiance des usagers se construit d’abord par un réseau entretenu, fiable et sûr.

Culture : préserver les lieux qui font vivre les territoires

Les coupes budgétaires cumulées de la part de l’Etat, de la Région et des différentes collectivités menacent aujourd’hui la pérennité de nombreux lieux culturels labellisés et compagnies en Normandie.

Le Tangram, scène nationale de l’Eure, en est l’exemple le plus alarmant avec des baisses de financement annoncées dont une diminution de 15 % du soutien régional. Il est contraint de diminuer sa programmation de près de 40 % et d’annuler le festival Les AnthropoScènes, qui réunit chaque année près de 12 000 festivaliers autour des liens entre arts, sciences et enjeux environnementaux.

Le groupe s’inquiète que ces baisses drastiques puissent être les prémices de la disparition de la seule scène nationale du département de l’Eure et alerte sur le risque de voir se défaire un maillage culturel essentiel à la vitalité de nos territoires.  Laetitia Sanchez a interpellé le président de Région : “Ces décisions interrogent d’autant plus qu’elles interviennent alors que vous avez été l’un des premiers signataires de la pétition publiée cet été appelant à une augmentation du budget consacré à la culture. “

Préparer l’avenir ne peut rester un slogan

Les débats de cette assemblée plénière montrent que les urgences écologiques, sociales et territoriales sont étroitement liées. Protéger l’eau, renforcer le ferroviaire, préserver les lieux culturels, investir dans les lycées, former les travailleurs et encadrer les grands projets industriels : ces choix dessinent la Normandie de demain.

Pour Normandie Écologie, il est temps de sortir d’une gestion à courte vue. La transition écologique ne se fera pas à coups de rapports, d’annonces et d’expérimentations sans lendemain, mais par des décisions cohérentes et des investissements à la hauteur des besoins.

Préparer l’avenir, c’est agir maintenant. C’est protéger les habitantes et les habitants, préserver le vivant et donner aux générations futures les moyens de vivre dignement en Normandie.

Rudy L’Orphelin et Laetitia Sanchez, Co-président.e.s du groupe Normandie Écologie